PEA : association suisse Pour l’Égalité Animale

À la mi-mai, l’une d’entre nous a été faire un tour en Suisse à l’occasion de deux événements : une journée de stands/conférences/projection et une lecture discussion autour d’un livre.

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L’association organisatrice, Pour l’Égalité Animale, est née en janvier 2014 de la collaboration entre LausAnimaliste (Lausanne) et GenevAnimaliste (Genève). Elle informe le public sur les différentes facettes de l’exploitation animale, dans une visée abolitionniste, et entreprend des actions en justice. Elle mise particulièrement sur la politisation de la question animale en mettant en avant les concepts de spécisme et de droits des animaux. Exemples d’actions :

Autres vidéos ayant déjà été projetées :
Derrière les portes : « Au pays du « propre en ordre », qui se targue d’être doté de la législation de protection des animaux la plus sévère au monde, la réalisatrice est allée filmer derrière les portes des exploitations animales vaudoises, fribourgeoises et valaisannes. Entre 2009 et 2010, elle a sillonné les trois cantons pour témoigner d’une réalité que beaucoup de gens ignorent sur les conditions de vie des animaux de rente : entassés, enfermés dans l’obscurité totale, nourris de pourriture, entravés, blessés… L’image du paysan « qui aime ses bêtes », ainsi que celle des grands distributeurs qui prétendent, de nos jours, jouer le carte éthique, en ressortent écornées. »serveimage
Lisa la végétarienne : dans cet épisode des Simpsons, le végétarisme est montré positivement, surtout par rapport au carnisme forgé par l’habitude et les lobbys de la viande. La végéphobie est dénoncée.

programme4-3Les 24 heures de l’éthique animale, Genève
Résumés succincts de deux des conférences, prolongés par quelques réflexions personnelles.

L’égalité animale – initiée par François Jaquet, doctorant en philosophie.
Une égalité de droits n’implique pas une égalité de traitement. Les individu-es n’étant pas tou-tes les mêmes, on donne des droits en fonction des intérêts de chacun-es (le fameux « on ne donnera pas le droit de vote aux poules », parce qu’elles n’auraient pas d’intérêt à l’avoir – par contre, elles auraient le droit à la vie, à disposer d’un perchoir, etc). Il y a des cas où il y a conflit d’intérêts, par exemple le droit de manger (pour survivre) des prédateurs va à l’encontre de celui de rester en vie pour les prédatés. Nous avons une obligation morale d’assistance… lorsque l’on a une solution à une situation, c’est différent s’il n’y a pas de solution. Nous n’avons pas de solution pour supprimer complètement la prédation. Au-delà des idéaux, il faut parfois faire avec la réalité… La réalité doit par contre être différenciée de ce qui est naturel. La Nature « parfaite et harmonieuse » n’existe pas (ce qui nous vient à l’esprit au sujet de la prédation, mais ce que nous n’évoquons pas quand il s’agit par exemple de soigner des maladies chez les humain-es).

À la croisée de la philosophie et de la psychologie morale : un dilemme moral hypothétique bien connu a été évoqué, celui du « dilemme du trolley ». Une description en est faite dans ce texte, à partir de la deuxième page. La conclusion est intéressante :
« Cela montrerait que nous nʼavons pas directement accès à tous les principes qui guident nos jugements moraux. (…) Selon les intuitionnistes (…) nous sommes conscients du produit final de ces processus, c’est-à-dire de nos évaluations morales, mais pas des différentes étapes de traitement ni des principes qui guident ces évaluations. Dans ces conditions, les justifications des gens sont la plupart du temps des constructions a posteriori qui ont peu de chances de refléter nos véritables principes moraux. »
Ceci dessine une vision partiellement relativiste de la morale : notre socialisation nous a apprit à juger certaines choses comme étant bonnes ou mauvaises. Ce qui semble inévitable, nous nous construisons en fonction de nos acquis, même en ayant un esprit critique acéré, nous ne partons pas de zéro. Ceci étant dit, notre morale commune a notamment déjà évolué au sujet de l’esclavage d’autres êtres humain-es :
« (malgré le fait que la traite battait alors son plein) C’est pourtant à cette époque, à partir du milieu du XVIIIe siècle, que le basculement décisif en faveur d’une dynamique abolitionniste se fit jour en Europe, à la faveur d’une « profonde révolution morale contre la traite et l’esclavage ». (extrait de cet article)
Et elle pourra, nous l’espérons, juger un jour que l’exploitation des animaux est elle aussi une injustice, en se basant sur un principe qui, lui, est pourtant déjà présent dans nos esprits : celui de ne pas nuire sans nécessité à un être sensible. La cohabitation de ce principe et de l’exploitation animale est d’ailleurs susceptible de créer des dissonances cognitives (à voir aussi : la théorisation du « paradoxe de la viande »).
Par ailleurs, le travail anthropologique de Catherine Rémy sur les abattoirs a été évoqué. Autres textes sur l’égalité >ici< et >ici<.

Sexisme / racisme / spécisme : à la croisée des dominations – initiée par Jonathan Fernandez, diplômé en sciences politiques et Yves Bonnardel, militant et auteur égalitariste et antispéciste.
Jonathan a écrit un article dans le dernier volume des Nouvelles questions féministes, dont voici le bref résumé : « Avec des données quantitatives recueillies en Suisse (…) Jonathan Fernandez propose de considérer le spécisme (division hiérarchique entre humains et animaux) comme un système d’oppression fonctionnant selon les mêmes logiques que le sexisme et le racisme. » Il est donc question d’intersectionnalité. Les données en question ont été obtenues grâce à des questionnaires comprenant des questions de ce type : « Pensez-vous qu’il faut limiter l’immigration ? » « Pensez-vous que les femmes doivent s’occuper des enfants ? » « Pensez-vous qu’il est normal d’exploiter les animaux ? ». En a été déduite cette corrélation : les gens les plus sexistes sont les plus racistes et les plus spécistes.
Avec l’avancée de la laïcisation, les justifications évoluent : de « Dieu l’a voulu ainsi » on est passé à « la nature est ainsi faite« . À titre d’exemple, les femmes « seraient faites » pour être mère et les animaux pour être mangés. À ce sujet, voir ce texte qui prolonge les recherches de la féministe Colette Guillaumin.serveimage
Les stratégies animalistes mais non égalitaires ont par ailleurs été critiquées, exemples : les campagnes racisantes contre la viande hallal, les pub sexistes de PETA. Critiquer une oppression en en instrumentalisant une autre rend le discours égalitaire caduc.

 Bold Native a été projeté, il est dispo dans notre section vidéos.

serveima36geLecture discussion au sujet du livre Introduction aux droits des animaux de Gary Francione

Ceci s’est passé à l’entrepôt des Éditions de L’Âge d’Homme de Lausanne. Ce livre est récemment paru en français dans leur Collection V – spécial véganisme et droits des animaux. Francione est l’un des grands noms en terme de penseur-es actuel-les revendiquant la fin de l’exploitation animale. Philosophe et juriste, ses écrits s’en ressentent. À son avis, il est primordial d’accorder aux animaux des droits fondamentaux, dont celui, central, de ne pas être traité comme des choses, ni comme des propriétés. Si les animaux sont nos propriétés, leurs intérêts auront forcément moins d’importance que les notre. Par exemple, notre intérêt à manger de la viande s’oppose à l’intérêt des animaux à ne pas être tués. Si ces intérêts peuvent être mis en balance, c’est bien parce que les animaux sont jugés inférieurs aux humain-es. Si ce n’était pas le cas, un intérêt secondaire (manger quelque chose que l’on trouve bon) ne triompherait pas d’un intérêt primaire (avoir le droit de vivre – toujours dans une perspective où les humain-es en question ont la possibilité de manger autre chose).
Il est ainsi question dans ce livre d’avoir une considération égale pour des intérêts égaux, cela pour tous les animaux sentients, en dépit donc de jugements spécistes. On peut trouver un résumé de ce livre dans les Cahiers Antispécistes.

11004749_331146973752574_1601097560_nPour finir cet article, un mot sur Veganopolis, une association qui cuisine et propose des repas vegan à prix libre. Elle organise notamment un Vrunch tous les derniers dimanche du mois à Lausanne. Avant, ils prenaient place dans l’entrepôt de l’Âge d’Homme, ils se sont délocalisés pour cause d’affluence, c’est dire si leur cuisine est succulente 🙂

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